
Je buvais parce que j'avais l'impression qu'on m'ignorait, parce que celui que je cherchais n'était pas là, ou dans une autre pièce, ou avec une autre fille, je ne voulais pas le savoir, mais je ne voulais pas m'aveugler. Je ne le verrais pas. Je m'étais rendue malade, sûrement qu'au fond j'avais peur, ça je le savais, aussi parce que je n'en avais pas tellement envie. J'avais lu des livres, je connaissais Charlotte Simmons, j'avais lu Les Lois de L'Attraction, ce premier chapitre de virginité perdue dans la brume de l'alcool, mais ça ne m'avait pas dissuadée, croyais-je, même si j'avais fini par comprendre que, comme elles, je n'en tirerais rien de bon. J'avais vomi, m'étais lavé les dents, frénétiquement, discrètement, refusant de perdre la face.
Je suis sortie, et je l'ai rejoinds, en lui lançant le plus beau sourire dont j'étais capable de faire à ce moment là.
Il me disait que je le touchais, mais que ça ne se serait absolument pas passé comme je le voulais. Il me disait que ça ne se passait généralement pas comme on voulait à ce stade là. Il pensait que j'étais belle, à m'attaquer au plus grand que moi, à moi-même et à mes peurs. Il pensait que je serais seule, toujours, et que ce serait difficile, il savait que rien ne s'arrangerait, bien au contraire, pas avant une éternité, cinq, six, sept ans, peut-être, mais je crois qu'il n'a pas osé me le dire. Ce n'était pas la peine de toute façon, j'ai lu dans son regard. Puis je me suis couchée contre lui, et il a embrassé mon omoplate et mon cou, mais j'ai fait comme si je dormais déjà, exténuée..
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